Blog



Le blog Ayel Essentiel

Du recrutement intentionnel à la QVT

Derrière chaque décision managériale, chaque recrutement, chaque tension d'équipe — il y a une histoire humaine.

Ce blog est un espace de réflexion et de ressources pratiques, pensé pour les dirigeant·es, managers et responsables RH de TPE et PME qui souhaitent construire des environnements de travail où il fait bon évoluer.

Vous y trouverez des articles sur le recrutement intentionnel, la qualité de vie au travail, le management bienveillant et le journaling professionnel comme outil de décision.

Parce que la relation est au cœur de toutes nos actions.

 

 

QVCT et journaling professionnel : ce que l'écriture de mon père m'a appris sur le bien-être au travail

Il se levait chaque matin à cinq heures, avant le lever du soleil, avec un café et un petit calepin. Ce geste simple de mon père est devenu, sans qu'il le sache, l'un des fondements de ce que j'appelle aujourd'hui le journaling professionnel, un outil que je place au cœur de mon approche de la qualité de vie au travail, la QVCT.

Un dîner qui a tout déclenché

L'autre soir, j'étais attablée avec quatre femmes, toutes octogénaires, aux parcours très différents. Deux d'entre elles avaient fait de hautes études puis, une fois mariées et mères, avaient mis leur carrière entre parenthèses pour se consacrer à l'éducation de leurs enfants et épauler la réussite professionnelle de leur mari. Une autre, divorcée, avait passé quarante ans dans la même entreprise et assumait aujourd'hui pleinement sa liberté, avec une retraite confortable. La dernière était praticienne PNL, psychothérapeute et hypnothérapeute, passionnée par l'humain et la manière dont il fonctionne.

Elles étaient curieuses de savoir dans quoi je me lançais. Quand j'ai parlé de qualité de vie en entreprise, elles ont souri, certaines un peu taquines, d'autres parce que ça me ressemblait, que c'était en adéquation avec ce que j'incarne. Puis elles ont voulu en savoir plus. « C'est-à-dire ? »

Je n'ai pas cherché à définir la qualité de vie au travail dans l'abstrait, chacune la comprend à sa façon, selon son propre vécu professionnel. Je leur ai plutôt parlé d'écriture. J'ai évoqué le journaling professionnel, un mot qui n'a pas parlé à toutes, alors j'ai reformulé : la tenue d'un journal de bord, l'écriture réflexive, l'écriture introspective. L'écriture, tout simplement.

L'une d'elles m'a regardée : « Moi, je déteste écrire. Je n'écris jamais. » Même pas un post-it ? Une to-do list ? Une liste de courses ? Non, rien. Puis elle a ajouté : « Mais peut-être que je devrais commencer. Je me rends compte que je garde tout dans ma tête, et maintenant j'oublie. »

Une autre a souri : « À ton âge, la mémoire flanche. »

Je leur ai répondu : est-ce que c'est vraiment juste une question de mémoire ?

Le calepin de mon père, ou l'écriture avant l'heure

Je leur ai raconté un bout de mon histoire, ou plutôt ce que j'ai observé, enfant. Je leur ai parlé de mon père. Il occupait un poste à responsabilités, à la tête d'une équipe, responsable d'êtres humains, ce qui reste sans doute l'une des charges les plus lourdes qui soient. Ce n'était pas un homme facile à cerner, silencieux, pudique, peu enclin à montrer ses émotions.

Je me souviens de lui, le matin vers cinq heures, avant le lever du soleil. Un café, et son petit calepin. Il écrivait, il griffonnait des phrases, parfois juste des mots. Enfant, je me demandais ce qu'il pouvait bien écrire. Un roman ? Une histoire ? Son agenda ? Un peu de tout, en réalité. Il écrivait pour prendre des décisions, pour comprendre, pour s'analyser. Il écrivait pour se libérer, pour planifier, pour retrouver la force de continuer. Il lui arrivait de se tromper, il l'écrivait aussi. Puis il avançait, qu'il corrige ses erreurs ou non. C'était son cahier, son journal de bord.

Je suis convaincue que c'est cet exercice quotidien qui lui a permis de garder son assurance, de prendre des décisions alignées avec ses valeurs et celles de l'organisation qu'il représentait, sans flancher, malgré le doute, malgré la peur parfois. Mais ça, je ne l'ai compris que bien plus tard, en devenant adulte à mon tour.

C'est ce même réflexe que je propose aujourd'hui à travers le journaling professionnel : non pas un exercice de mémoire, mais un espace pour décider, se comprendre, se libérer, et avancer.

De l'adolescence au métier de coach

Ce réflexe d'écrire, je l'ai hérité sans le savoir. Adolescente, j'ai commencé à écrire des poèmes, des slams. Je suis même montée sur scène, avec beaucoup de peur et d'anxiété, mais j'ai osé. Rien n'était parfait, et ce n'était pas grave. J'écrivais pour me libérer, du poids de certains traumas, de ce que je ne comprenais pas, parfois de moi-même et de mes pensées. À cet âge-là, je ne cherchais pas encore à structurer tout ça, à en faire une méthode pour aller vers une action concrète. Mais le réflexe était là.

Ce réflexe s'est peaufiné avec le temps. Deux décennies plus tard, je me suis formée au coaching, puis au coaching de couple, et l'écriture est devenue l'un de mes piliers, dans la gestion du stress, des émotions, du conflit. Aujourd'hui, elle est au cœur de mon approche de la qualité de vie au travail.

À table, l'une des femmes m'a arrêtée : « C'est une belle histoire, mais il faut que tu éclaircisses un point. L'écriture, c'est un outil d'introspection individuelle. Comment est-ce qu'il devient collectif ? Comment peut-il servir des équipes ? »

Une autre a ajouté, d'un ton moqueur : « Mon mari a dirigé une entreprise toute sa vie, je l'ai accompagné dans ce projet. Et honnêtement, je ne suis pas certaine qu'il ait éprouvé le besoin d'écrire, de gérer ses émotions ou son stress. À notre époque, on faisait, c'est tout, et les équipes obéissaient. »

Une troisième a répondu : « Oui, mais le monde a changé. Les nouvelles générations ont besoin de sens, besoin de se sentir bien dans leur vie. À notre époque, on y prêtait peut-être moins attention. »

« On n'avait pas le temps pour ça, a rétorqué la première. On devait gagner notre vie, construire, élever nos enfants, bâtir. Pas le temps de s'arrêter pour nos états d'âme. »

Je leur ai demandé : est-ce que c'était une bonne chose ? Qu'en pensez-vous aujourd'hui, avec le recul ?

Comment le journaling professionnel devient un levier de QVCT collective

Pour répondre à cette première question, l'écriture introspective est-elle forcément une démarche individuelle, je dirais qu'elle l'est jusqu'au moment où l'action peut devenir commune, si elle est réfléchie ensemble.

Ce qui relève de l'intime, ce sont les émotions, les ressentis, les pensées les plus profondes. Mais en affinant l'écriture, on tend peu à peu vers quelque chose de plus factuel, on prend de la hauteur, sans jamais perdre de vue l'objectif : se sentir mieux sur son lieu de travail. Quel sens donne-t-on à son travail, à sa mission ? Est-il toujours en accord avec l'entreprise ? Comment collabore-t-on, comment travaille-t-on en équipe ? Qu'est-ce qu'on pourrait améliorer ? C'est à partir de là que l'on entre dans la démarche collective, quand on réfléchit ensemble et qu'on note les solutions qui émergent. La démarche est individuelle, mais elle tend vers le collectif.

Et derrière la phrase « à mon époque, on n'avait pas le temps », derrière « mon mari était tourné vers la performance, il fallait avancer coûte que coûte », je crois qu'on peut lire, ou plutôt entendre entre les mots, un fossé entre bien-être et performance. Un fossé qui se rétrécit aujourd'hui. Cela fait maintenant quelques années que l'on a compris que la performance est liée au bien-être, que mieux on se sent, plus on est performant.

Alors la question devient simple : comment se sentir bien ? Comment être en accord avec sa vie professionnelle, incarner sa mission, son métier ? La performance n'en est que le résultat.

Et l'intelligence artificielle dans tout ça ?

Il me plaît à dire que la performance est l'un des symptômes du bien-être au travail. Cette citation de mon cru a fait sourire ces femmes d'une autre génération, à table, sauf une, la praticienne PNL, qui m'écoutait avec beaucoup d'attention. Des décennies d'accompagnement derrière elle, formée à diverses techniques, elle avait exercé dans plusieurs pays. C'est elle qui a posé la question qui a clôturé nos échanges : et l'intelligence artificielle dans tout ça ? Aura-t-elle une place, un rôle, dans le journaling ?

La question n'était pas déplacée. L'IA peut effectivement avoir un rôle, pour décrypter, analyser, mettre sous forme de tableaux ou de graphiques des indices de bien-être, les corréler avec la performance et les chiffres de l'entreprise, ou les comparer aux années précédentes. On peut aussi le faire à l'échelle individuelle : s'auto-analyser, comparer son état intérieur d'une année sur l'autre, pour ensuite poser des actions qui rapprochent de ce que l'on souhaite pour soi, de ses objectifs de vie. Il y a beaucoup à faire avec l'intelligence artificielle. Alors oui, elle peut avoir sa place.

Mais elle ne remplacera pas les bienfaits de l'écriture elle-même. Elle n'entre pas dans ce moment où la main ralentit la pensée, où le silence du matin laisse remonter ce que l'on n'avait pas encore les mots pour dire. Ça, c'est le geste de mon père au petit matin, avant le lever du soleil. Ça, c'est ce que l'IA peut accompagner, mais jamais remplacer.

La relation est au cœur de toutes nos actions.

Audrey, fondatrice d'Ayel Essentiel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Une erreur s'est produite lors de l'envoi de votre message. Veuillez réessayer.

Contrôle de sécurité

Code Captcha invalide. Essayez à nouveau.

Information icon

Nous avons besoin de votre consentement pour charger les traductions

Nous utilisons un service tiers pour traduire le contenu du site web qui peut collecter des données sur votre activité. Veuillez consulter les détails dans la politique de confidentialité et accepter le service pour voir les traductions.