4. juillet 2026
J'ai frôlé le burn-out. Comment, et pourquoi ?
Une expérience de plus à partager avec vous.
Je pourrais garder ça pour moi. Après tout, ce n'est ni la première histoire de reconversion, ni le premier témoignage sur l'épuisement professionnel que vous croiserez. Mais si je vous l'écris aujourd'hui, c'est parce que ce genre de vécu ne prend tout son sens que lorsqu'on le partage, et surtout, lorsqu'on prend le temps de le relire à tête reposée.
Alors aujourd'hui, je vous écris depuis la plage de Narbonne. Dix jours de congés mérités, avant d'entamer mon processus de rupture conventionnelle.
À 46 ans, peut-on décemment envisager une RC ? Sans craindre pour son avenir professionnel ?
Je dirais qu'il arrive un moment où l'on n'a plus vraiment le choix. Ou du moins, un moment où l'on sent que c'est le moment de dire STOP.
Mais comment en suis-je arrivée là ?
Le point de départ : un objectif né du manque
Il y a deux ans, j'ai décidé de revenir sur le marché du travail à temps plein. Fini l'entrepreneuriat, les side-business : je ressentais le besoin de me poser, de grandir dans une entreprise qui pourrait m'apporter stabilité, épanouissement et un esprit de communauté.
J'ai donc refait mon CV et ouvert un nouveau cahier de bord, avec de nouveaux objectifs. Le premier qui m'est venu à l'esprit, pour être honnête, ce n'était pas l'épanouissement, c'était le confort matériel. Des finances au top, pour plus de liberté et de confort. Ce fut mon objectif numéro un, avant tout le reste.
Il faisait suite à une lourde dette à régler. Je me suis retrouvée presque à nu, il fallait que je redresse mes finances. J'ai noirci plusieurs pages de pensées, de stratégies, de lignes de confiance et de compétences à mettre à profit.
Il ne m'a pas fallu attendre longtemps avant d'être contactée par un recruteur, pour un poste de chargée de développement commercial au sein d'une résidence services seniors. Pourquoi pas, me suis-je dit.
Même si les avis des anciens salariés, visibles sur les moteurs de recherche, étaient en majorité loin d'être positifs, j'ai choisi d'écouter mes objectifs. Le premier d'entre eux : « je vais tout déchirer ».
L'engrenage
J'ai passé plusieurs entretiens, et au fil du temps, j'ai commencé à me mettre la pression. Cette entreprise connaissait un fort turn-over, surtout au sein du pôle commercial, ce qui en disait déjà long sur l'ambiance de travail et le niveau des objectifs fixés.
Je me suis donc imposé, en plus de l'objectif financier et de celui fixé par mon manager, un objectif de temps. Me voilà bien chargée, mon petit journal de bord sous le bras.
Les semaines ont passé, avec de nouveaux défis, des conflits et désaccords naissants, des situations lourdes émotionnellement. Ce secteur d'activité demande une amplitude de compétences humaines et techniques très large, et une grande capacité d'absorption. On ne vend pas des pots de yaourt.
Dans tout cela, il y avait une chose que j'avais occultée, et pourtant, c'était écrit noir sur blanc dans mon journal : je devais prouver que j'étais toujours une bonne commerciale. Que je pouvais non seulement atteindre mes objectifs, mais aussi les dépasser, comme un jeu.
Tous les matins, j'étais présente, le sourire aux lèvres. Je ne comptais pas mes heures, je faisais, jour après jour. Le soir venu, à la maison, d'autres objectifs m'attendaient, ceux de mère de famille. Ceux-là, je ne les écrivais pas dans mon cahier de bord. Rodée depuis des années.
Puis de nouveaux défis encore, des changements internes dans l'entreprise, et toujours ce temps donné sans compter, ces compétences offertes en offrande à l'entreprise. Ce sentiment d'être exploitée, au détriment de son bien-être. Il arrive un jour où l'on se sent comme une souris dans une roue, sans savoir comment l'arrêter. La roue tourne, et l'on court, encore et encore, jusqu'à en avoir le tournis. Les tâches se multiplient, comme si elles se nourrissaient de notre énergie.
Le corps qui parle
Une histoire qui aurait pu être sans fin, jusqu'au jour où des douleurs lombaires se sont accentuées et m'ont obligée à consulter : hernie discale et discopathie.
Premier arrêt maladie, à peine cinq jours, parce qu'un bon salarié ne s'absente pas. Résultat : quinze mois de poste, pour cinq jours de repos pris. Un non-sens, quand j'y repense aujourd'hui. Je me demande comment j'ai pu me mettre dans un tel bourbier.
Me voici le dos bloqué, à nouveau, tentant de me détendre et de me vider la tête. Et surtout, à me forcer à ne pas lire mes mails, parce que là-bas, dans cette entreprise, ça ne s'arrête jamais.
Durant les premiers mois, j'ai fait l'erreur d'attendre une quelconque reconnaissance du travail accompli. Je me souviens qu'à l'entrée était accroché ce fameux panneau « Happy at work ». Aujourd'hui, ce couloir me donne la nausée. J'aurais préféré un couloir plus sombre, et de vrais sourires dans les bureaux.
Aujourd'hui, l'entreprise recrute encore. J'ai posé ma rupture conventionnelle. Encore du turn-over, et des questions qui ne se posent jamais. Aucune remise en question. Tout est la faute de la démotivation de l'employé. Je ressens encore cette pointe d'émotion, quand j'y repense.
Pourquoi être restée si longtemps ?
Trois raisons, avec le recul.
PROUVER. Se prouver, et prouver aux autres, que je suis forte. Comme beaucoup qui restent en poste malgré un contexte toxique.
LA PEUR. Peur de ne pas trouver autre chose. Peur de devoir revoir ses finances. Peur, tout simplement.
L'EGO. « Je dois y arriver. »
Je me suis demandé, il y a quelques semaines, ce qui clochait dans la stratégie que j'avais bâtie deux ans plus tôt : mes objectifs partaient d'un manque, et se nourrissaient de peur. J'ai comblé, mais je n'ai pas résolu. J'ai obtenu ce que je voulais, mais pas comme je le voulais. Une manière de marcher à côté de ses pompes : on avance, mais pas sur le bon chemin.
Alors le cerveau commence à fatiguer. Moins concentré, on fait plus d'erreurs, ce qui génère du stress et de l'insatisfaction. Fatigué, il a plus de mal à raisonner, mais il tient quand même la route, alors on continue.
Puis vient le corps : des douleurs qui se réveillent, de plus en plus fortes. Une baisse d'énergie, une baisse de tension. La batterie se vide, lentement. Il faut la recharger avant le 0 % : le burn-out n'est pas loin.
Ce que je retiens
Voici ce que je souhaite transmettre, à travers mes ateliers de journaling :
Un objectif ne doit jamais se définir à partir d'un manque ou d'une peur. Il doit naître d'une aspiration, d'un rêve, d'une envie, d'un désir.
Pour conclure
Si j'ai mis deux ans à comprendre ce qui n'allait pas, c'est peut-être justement parce que je ne me suis pas relue à temps. Mon cahier de bord contenait déjà toutes les réponses, l'objectif né du manque, la peur en filigrane, le besoin de prouver, mais je l'ai écrit sans jamais vraiment le dialoguer avec moi-même. J'ai libéré mes pensées sur le papier, sans jamais m'arrêter pour les entendre.
C'est exactement ce que le burn-out vient rappeler, souvent trop tard : le corps parle quand on refuse d'écouter la tête, et la tête finit par se taire quand on ne l'a jamais consultée.
Aujourd'hui, sur cette plage de Narbonne, je ne referme pas cette histoire avec des regrets, mais avec une conviction : la prochaine fois que je poserai un objectif, professionnel ou personnel, je prendrai le temps de me demander d'où il vient vraiment. D'un manque à combler, ou d'une envie sincère à nourrir.
C'est tout le sens du travail que je propose aujourd'hui à travers mes ateliers de journaling : ne pas seulement écrire ce que l'on vit, mais apprendre à se relire, à se dialoguer, pour décider en conscience, avant que le corps ne décide à notre place.